L’emploi selon Dominique de VILLEPIN 3/3 (Actions)
- Vue d’un professionnel du recrutement sur la politique de l’emploi du gouvernement de Villepin. -
Ça y est, le « contrat nouvelle embauche » (CNE) est lancé. Il sera une révolution. C’est l’amorçage d’une nouvelle manière de travailler.
Monsieur de VILLEPIN a eu du flair pour ce qui est du timing. Bien aidé il est vrai par le dégrossissement de Monsieur RAFARIN.
Je m’amuse des réactions des uns et des autres sur ce nouveau contrat. Je vois raller les anti-CNE qui essentiellement s’attaquent à ce qu’apporte le CNE : une meilleure cohérence effort/salaire.
Ils rallent car ils ne veulent surtout pas que l’on touche à leur petit nid douillet, même si à côté d’eux les chômeurs s’entassent.
Oui, ceux qui ne veulent pas faire d’effort de plaire à leur patron, aux clients de leur entreprise, à leurs collègues, seront certainement mis dehors.
Oui, nous aurons certainement moins de grincheux aux guichets ou autres accueils clientèles.
Oui, nous aurons des gens plus motivés pour que leur entreprise fonctionne mieux et pas seulement pour leur salaire.
--- Du point de vue du salarié.
J’ai toujours prôné dans toutes mes attributions de direction, une saine précarité, un équilibre instable de la position. Le fait que le salarié travaille à maintenir sa place est toujours bon pour l’ensemble. Bon pour l’entreprise, donc bon pour le salarié qui y participe et en tire moyen de subsistance. Nous sommes ainsi tous dans le même état d’esprit.
Tenez, un petit parallèle, le système d’EBAY. Vous savez ce site de vente/achat en ligne. Plus vous faites en sorte que votre compte gagne des points en vendant bien et sympathique vos produits, plus les acheteurs vous feront confiance. Votre réputation est en jeu.
Vous travaillez à votre « niveau d’efficacité personnelle perçu » (NEPP). Plus vous êtes bon, plus on vous aime. Et personne ne s’en plaint. C’est une relation gagnante - gagnante.
Si vous travaillez correctement, alors le patron ne voudra certainement pas se débarrasser de vous, bien au contraire, vous devenez indispensable. De plus l’habitude des 2 ans où le salarié se « forcera » à être à la hauteur de son salaire et du maintien de son poste, donne une bonne dynamique pour la suite.
Je ne vous ressortirais pas les modèles des autres pays qui vivent bien avec ce type de comportement. C’est tout simplement sain.
--- Du point du vue du patron maintenant.
Après tout (et je sais de quoi je parle) personne ne veut, surtout pas les petits patrons, d’employés n’obéissant pas à la simple règle de l’échange. Un travail, un salaire. Le fait de ne pas pouvoir licencier un employé, quelle qu’en soit la raison, est une prison. Personne ne veut y aller. Les patrons préfèrent donc s’épuiser, faire le travail de deux ou trois personnes plutôt que de se retrouver à gérer un employé, sur de son fait, cuirassé dans son code du travail français, qui vient toucher son salaire sans y mettre du sien.
Après 15 ans d’expérience professionnelle et d’entreprenariat, je n’ai jamais vu d’employé ne vivant pas dans cette dynamique. J’en dirais même plus, moi le premier ! C’est humain non ?
À nous maintenant patron, chef de services, managers, de nous lancer dans cette formidable aventure. Nous allons changer cette morosité en véritable dynamique. Même nos employés gagneront de cette nouvelle force : cercle vertueux de progression.
Le CNE est un simple équilibrage entre réalité économique et volonté humaine d’en faire le moins possible.
Ah! Au fait, un dernier petit mot. Il s’adresse à Monsieur Gérard Filoche, inspecteur du travail, qui écrit : « Ce « Cne », en dépit des protestations hypocrites de Villepin, c’est la pire des attaques contre le droit du travail. » (http://www.democratie-socialisme.org/article.php3?id_article=615)
Mais enfin, grandissez ! Les trois millions de chômeurs (sans parler de ceux qui n’apparaissent pas dans les chiffres) se moquent que vous pensiez que c’est une attaque du code du travail… ils n’en ont pas ! D’abord remettons la France au travail et ensuite nous pourrons faire la fine bouche.
Le temps passe, notre économie, notre identité se sclérose. C’est la réalité. Parler d’autre chose est une insulte à tous ceux qui font avancer le pays : ces PME, 98 % des entreprises concernées par le CNE.
Hubert CAMPAN
PS : Pour tous ceux qui mettent en avant un risque du retour de l’esclavagisme, ou encore qui pensent que les méchants patrons despotiques vont forcément se servir du CNE pour écraser leurs employés, une proposition, créez votre entreprise, après on en reparle,… d’accord ?! Évitez de critiquer sans savoir. Existez, parlez ensuite.



Au delà des déclarations de principe, nécessairement politiques sur le CNE, n'oublions pas quelques éléments de base ...
Et critiquons tout en sachant et en se positionnant du coté de l'entreprise, qui va en définitive payer les pots cassés de ce CNE ...
a) Le CNE ne facilite en rien l'embauche ... en tant que patron (eh oui, moi aussi) je n'ai pas vu en quoi le CNE me facilitait la vie, les procédures administratives, la multiplication des lignes sur les fiches de paye sont pour moi toujours aussi rebutante, etc ...
b) Le CNE facilite-t-il vraiment le licenciement ? peut être, mais à quel prix ? ...
Peut être, car je n'ai jamais eu la moindre difficulté à respecter une procédure de licenciement pour motif personnel ou pour motif économique (en tout cas c'est une procédure nécessitant moins de paperasse dans les deux cas que les embauches et déclarations diverses) .. Le CNE permet simplement de ce point de vue de masquer le manque de courage de certains managers qui n'ont pas les c... d'expliquer à qq pourquoi on va se passer de lui (c'est tellement plus simple de lui dire que c'est une fin de période d'essai et basta ...) Oui mais les Plans de Sauvegarde de l'Emploi ... dites, les PSE appelation pudique des plans sociaux commencent dès que l'on a fait plus de 9 licenciements dans les douzes mois ... comme le CNE ne s'adresse qu'aux entreprises de moins de 20 salariés, je pense que si j'en suis à mon 10eme licencment j'ai des questions à me poser ...
Enfin le principal inconvénient du CNE est la précarité qu'il instaure... Vous avez envie vous de recruter quelqu'un (et je pense qu'en tant que professionnel du recrutement vous savez que le cout d'un recrutement n'est pas négligeable) et de risquer de le voir partir du jour au lendemain (aprés avoir été formé (la aussi un cout)) parcequ'un conccurent lui aura proposé une situation plus stable ?
Le CNE est un contrat trop fortement déséquilibré pour être valide sur le long terme, il ne pourra servir qu'a :
- des managers n'osant pas assumer leurs responsabilités
- des effets d'aubaine
- des personnes, croyant de bonne foi que licencier est impossible (alors que je le repete et le certifie pour l'avoir fait à de nombreuses reprises c'est heureusement (ou malheureusement) très simple)
Je dis et je repete en connaissance de cause que le CNE ne sert à rien et qu'il est dangereux pour les entreprises !!!
il constitue en prime la négation totale des efforts que font certains en matière de promotion et de valorisation de la fonction RH. Le CNE rend et permet l'opération de recrutement jetable, il permet de banaliser les opérations de recrutement et donc multiplie les risques d'erreur ...
si vous ne me croyez pas regardez les campagnes de pub faites par Michael Page et Companeo, salarié low cost pour recrutement low cost ...
Enfin il est pour moi (qui n'en suis pas un) étonnant que quelqu'un se disant professionnel du recrutement ne s'en apercoive pas ...
Les attaques des organisations syndicales ou des politiques, même si vous n'êtes pas d'accord avec eux, marquent bien le caractère choquant de la mesure pour des salariés ou des chômeurs en recherche de stabilité professionnelle. Enfin au travers des remarques et des carences que pointent certains des détracteurs du CNE on voit poindre d'énormes risques et conflits au niveau des prudhommes ...
Si intéressant que cela en définitive le CNE ? Pour ma part Non ... une opération dangeureuse, mal ficelée, couteuse (et les 10% de précarité comparé au 8 du CDD), qui aura simplement permis à quelques politiques de faire semblant d'apporter une réponse aux problèmes de l'emploi et de la flexibilité du travail ...
Rédigé par : François GEUZE | novembre 24, 2005 à 11:43 PM
Pourquoi tout ce foin autour d'un contrat de plus et finalement pas si nouveau...
Il existe déjà le CDD et l'interim qui permettent aussi une certaine souplesse pour l'employeur comme pour le salarié avec il est vrai un talent nécessaire pour jongler avec les motifs.
Et n'oublions pas le CDI qui finalement est le plus précaire car en dessous de 2 ans d'ancienneté pas de coûts... et si peu de formalisme
Enfin, encore un contrat de plus dans cette jungle juridique...
Rédigé par : Bestiolle | janvier 16, 2006 à 10:38 PM